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Report from Fribourg 2012, report by Sara Cereghetti (in French/Francais)


FICC jury, Fribourg, Suisse, 2012
Parcourir en train le court trajet Genève – Fribourg est parfois étrangement dépaysant. Pendant une semaine, la ville de Fribourg a amplifié son charme de bourg médiéval projetant des reflets du monde, mélangeant les époques, les genres, les styles, les esprits et les géographies humaines.

Du 24 au 31 mars 2012, le 26ème Festival International de Films de Fribourg a accompagné les derniers jours d’un printemps généreux en portant au cœur de la Suisse le cinéma d’ailleurs. Ces cinémas produits en Afrique, en Amérique latine ou en Asie et trop souvent mis à l’écart des circuits commerciaux.

Au prisme de l’œil et du goût de son nouveau directeur artistique, le menu festivalier invitait les spectateurs à explorer bien au-delà du premier plat de la compétition internationale. Un programme composé et orchestré par Thierry Jobin où le sable du western, les nouvelles épices du Bangladesh, les jeux dévoilés de l’Islam, les Phileas Fogg du film d’animation, la nostalgie d’exilés libanais, une carte d’identité du cinéma suisse ou encore le piquant ou le trouble des séances nocturnes étaient à savourer.

 

Les regards des 23 membres des Jurys (Jury International, Jury FICC, Jury FIPRESCI, Jury œcuménique, Jury des jeunes), délicieusement encadrés et accompagnés,  se sont concentrés sur les 12 films en compétition. Tous réalisés en 2011, les films en concours proposaient un voyage à travers de cinématographies, de réalités sociales ou d’imaginaires éclectiques.

 

C’est le regard d’un enfant qui nous permet de revisiter la révolution chinoise dans le film au ton classique "11 Flowers" de Wang Xiaoshuai ; "Asmaa" de Amr Salama est l’histoire d’une femme égyptienne dont la vie est une lutte pour la défense de son unicité et de sa vulnérabilité (ce film a remporté le Prix du Public) ; les rebondissements narratifs et l’interprétation masculine sont les caractéristiques du film d’action sud-coréen de Huh Jong-ho, "Countdown" (Prix du Jury FIPRESCI) ; les croyances et les imaginaires culturels font l’absurde mouvement de "Fable of the Fish" de Adolfo Borinaga, réalisateur des Philippines ; une jeune réalisatrice brésilienne, Julia Murat, nous berce avec une exploration poétique et profonde de la mémoire, de la vie et de la mort avec son "Histórias Que Só Existem Quando Lembradas" (Prix du Jury FICC, Prix du Jury œcuménique, Prix « Talent Tape » du Jury International, Prix du jury des jeunes) ; c’est la voix radiophonique de Vicky, une jeune femme jouée et déjouée, qui fait le potentiel du poème urbain taïwanais "Honey Pupu" de Chen Hung-I ; dans "In the Open", le réalisateur argentin Hernán Belón, soutenu par l’interprétation de deux acteurs célèbres mélange la vie d’une jeune famille à la toile du fantastique cortazarien ; avec "Lucky" de Avie Luthra, nous explorons l’Afrique du Sud du postapartheid au prisme des rencontres et des confrontations interraciales ; "Never Too Late", un road-movie intime combinant deuil et quête de soi sur le fond de l’histoire d’Israël et de ses paysages est la narration délicatement réalisée avec un budget minimaliste par le jeune réalisateur israélien Ido Fluk (ce film a remporté Le Regard d’Or attribué par le Jury International) ; le farsi est la langue qui nous caresse tout au long du film iranien "One.Two.One" où Mania Akbari construit sa trame psychologique sur des excellents dialogues et sur les plans fixes ; les plans fixes reviennent aussi dans la reconstruction historique d’une facette oubliée de l’histoire mexicaine sublimée par la photographie et les silences dans le film de Matías Meyer, "The Last Cristeros" ; et c’est dans le touchant "The Last Friday" de Yahya al-Abdallah (Prix spécial du Jury International) que le portrait d’un homme et d’un père dont la fin est dessinée est dressé et que nous pénétrons dans le quotidien jordanien.

 

En tant que coordinatrice du Festival Filmar en América Latina de Genève, la tâche de représenter Cinélibre, l'association suisse des ciné-clubs et des cinémas à but non lucratif, au sein du Jury FICC (Fédération Internationale des Ciné-clubs) m’a été confiée. Dans ce travail, réalisé avec le plus grand plaisir et dans une ambiance détendue et amicale mais aussi de qualité professionnelle, j’ai été accompagnée par Monsieur Juan Manuel García Ferrer (Espagne) et par Monsieur Tapesh Sharma (Inde).

 

Lors de la séance prévue pour désigner le film qui aurait remporté le Prix Don Quijote, une transparente unanimité d’avis nous a permis d’identifier aisément le film élu : c’est ainsi que le Jury FICC qui regroupe les fédérations des ciné-clubs des cinq continents a eu le plaisir de remettre le Prix Don Quijote au film brésilien "Histórias Que Só Existem Quando Lembradas" de Julia Murat, un premier long-métrage qui enquête les gestes quotidiens, les souvenirs et les liens d’une communauté rurale du Brésil où le temps semble s’être arrêté, un lieu de poésie sublime où même la mort ne cherche plus de complices…  c’est la venue dans le village d’une jeune femme et de son appareil photo qui déclenchera une nouvelle danse de Chronos.

 

Voici la motivation formelle qui a soutenu le choix du Jury FICC : « Sérénade d’immortalité, poème vertical, traversée de l’histoire. Une fiction entière et intègre, une réalisation habile et mûre qui caresse la perfection tant dans le contenu comme dans la forme : un scénario sublimement interprété et dirigé avec une maîtrise émouvante de la photographie par une jeune femme équilibriste de la mémoire. »

 

Ma gratitude et mes remerciements vont à Thierry Jobin ainsi qu’à l’entière équipe du FIFF, aux réalisateurs et producteurs invités, à mes deux collègues de Jury ainsi qu’aux membres des autres Jurys avec qui j’ai fait l’expérience, non seulement d’une semaine de cinéma croustillant, mais aussi d’un précieux moment de partage, d’échanges professionnels, d’étreintes d’humanité. Une semaine où j’étais si près, si loin.

 

Sara Cereghetti, membre du Jury FICC